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Sous les pavés (archive spectacles) > L'Affaire Gaudot
Affaire Gaudot: un meurtre neuchâtelois
L’assassinat politique de Claude Gaudot par la population neuchâteloise
Depuis 1707, Neuchâtel est sous la tutelle du roi de Prusse. En 1747, le roi décide de modifier le système fiscal
dans sa principauté de Neuchâtel afin qu’il lui soit davantage favorable. Ce nouveau système crée
progressivement un conflit avec la Bourgeoisie de Neuchâtel ; en 1766, l'opposition se manifeste ouvertement,
lorsque la Bourgeoisie exige le retour au précédent système. Frédéric II demande alors l'arbitrage de la ville de
Berne, régulièrement appelée à régler les conflits entre le Roi et la Bourgeoisie de Neuchâtel. Un procès
s’ouvre en 1767. Claude Gaudot (1713-1768), avocat général de la principauté, est chargé de défendre les
intérêts du roi. Chaque partie campe sur ses positions et Gaudot se montre particulièrement intransigeant. Au
début de 1768, le Grand Conseil de Berne donne finalement tort à la ville de Neuchâtel. La colère des bourgeois
de Neuchâtel est telle que Frédéric II demande l'intervention militaire de Berne : 9000 hommes sont déployés
sur la frontière orientale de la principauté. Effrayés, les bourgeois de Neuchâtel et de Valangin se soumettent.
Redevable, Frédéric II promeut Gaudot lieutenant-gouverneur de Neuchâtel, ce qui accroît encore la tension
avec les Bourgeois de Neuchâtel.
Lorsque Gaudot revient de Berne le 24 avril 1768, la tension est à son comble, et plutôt que d’investir
discrètement cette nouvelle fonction, il choisit de faire une entrée triomphale à Neuchâtel, ce qui provoque
l’exaspération neuchâteloise. Il est en effet considéré comme un traître : au début du conflit, l’avocat s’était
montré prêt à défendre les prérogatives populaires, mais très ambitieux, il avait ensuite pris rapidement le
parti du roi. Le fait que Gaudot possédait le titre de Bourgeois de Neuchâtel a eu également comme effet un
sentiment de trahison pour la population. Après deux jours de lutte, il est violemment assassiné par la
population dans sa propre maison, sans que les autorités aient réellement tenté de le protéger.
Un sensationnel assassinat : déroulement des faits
A peine arrivé chez lui ce 24 avril vers 17h, Gaudot est l’objet d’injures et de vociférations, de huées et de
sifflets ; des gens lancent des pierres arrachées au chemin et brisent des vitres de sa demeure au numéro 10 de
la Grand’Rue. Les Quatre-Ministraux - dont fait partie le Banneret Osterwald - doivent protéger le magistrat,
mais ils tergiversent. La nuit apaise un peu les esprits, mais dès l’aube du lendemain, près de 400 personnes
s’amassent dans le quartier et font siège dans la rue, attachant des charognes, chat et coq crevés, à sa porte.
Certains se postent à l’arrière de la maison pour éviter toute fuite inopinée. Vers 13h, la populace tente
d’enfoncer la porte. Les esprits s’échauffent et quand la nuit tombe, les plus farouches lancent l’assaut. Les
grenadiers, pourtant chargés de défendre Gaudot, prennent part à l’assaut populaire. Ils montent les étages et
finalement l’un d’entre eux trouve l’avocat général. Celui-ci a beau se rendre et supplier qu’on le conduise au
Château, il est achevé d’une décharge et d’un coup de baïonnette entre les yeux. Triomphant, son bourreau
s’approche de la fenêtre et montre à la population la perruque et le pistolet du procureur, dont la vue est
accueillie par des cris et des battements de main. La foule se livre alors à une joie démesurée.
Un mois plus tard, 600 soldats des quatre cantons alliés occupent Neuchâtel. L'affaire se termine en août avec
la soumission complète de la Ville, qui en sort affaiblie. Le peuple a cependant obtenu gain de cause car
l’ancien système fiscal est remis en vigueur.
Le rôle du Banneret Frédéric-Samuel Ostervald dans les événements
De par son rôle politique, Frédéric-Samuel Ostervald est intimement lié aux affaires qui déchirent le pays dans
les années 1760. Lors des années 1768-69 qui déchaînent un vent de fronde contre le nouveau système fiscal
établi par Frédéric II, il embrasse la cause populaire et ne craint pas de s’opposer avec vigueur à la Seigneurie
pour défendre les privilèges des bourgeois.
Durant les événements de l’assassinat de Gaudot, il joue, tout comme les autres Quatre-Ministraux, un rôle en
porte-à-faux : ses convictions le portent à se ranger du côté de la population, mais il se doit d’accomplir le
devoir lié à sa fonction publique, du moins en façade. A l’annonce de l’arrivée de Gaudot à Neuchâtel le 24
avril, les Quatre-Ministraux distribuent des armes au peuple et lui interdisent de donner un refuge à Gaudot
durant son séjour à Neuchâtel. Plus tard dans la journée, sur la pression du vice-gourverneur du roi, ils tentent
de dissoudre la foule, mais sans conviction, et ralentissent les procédures d’évasion de Gaudot.
Après l’assassinat de Gaudot, le roi de Prusse demande l’aide de Berne, qui envoie 600 hommes. La population
est désarmée et des canons sont braqués sur la ville. Après 15 jours, une enquête est ouverte. Les Quatre-
Ministraux sont chargés de retrouver les auteurs des faits, mais sont rapidement écartés car accusés d’être
complices de l’émeute, et remplacés par des juges extérieurs. Ils sont néanmoins appelés à rendre leurs
conclusions sur l’enquête, ce qu’ils feront en demandant la condamnation à mort de cinq habitants et le
bannissement de six bourgeois de Neuchâtel. Les peines qui ne seront jamais mises en oeuvre, les accusés
ayant eu le temps de s’exiler.
Bien que méconnue, l’affaire Gaudot est unique dans l’histoire de la Ville de Neuchâtel et constitue l’un des
événements les plus captivants de son histoire locale.
Sources :
Jacques Petitpierre, “Un sensationnel assassinat à la Grand’Rue à Neuchâtel”, in : “Patrie Neuchâteloise.
Recueil illustré de chroniques d’histoire régionale”, 1935, Neuchâtel : Editions de la Baconnière.
Georges de Pury, “Un assassinat politique à Neuchâtel en 1768”, in : “Musée neuchâtelois. Recueil d’histoire
nationale et d’archéologie”, volumes 1875 et 1876, Neuchâtel : Wolfrath et Metzner.