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Sous les pavés (archive spectacles) > L'Affaire Gaudot
Adaptation de Renaud Berger
Sur la place, la foule s’est réunie. Un homme la représentant prend la parole.
La Foule : Ecoutez-moi ! Mes amis, écoutez-moi ! Lors de l’avènement de La Prusse en 1707, le roi avait fait la promesse de respecter nos coutumes : dès lors, le souverain ne pouvait changer de régime fiscal sans notre approbation. Nous sommes en 1768 ! Il y a maintenant 20 ans que le roi Frédéric Le Grand a augmenté nos impôts. 20 ans que le nouveau système fiscal de Neuchâtel nous écrase. Et aujourd’hui, après 20 ans de doléances et de plaintes, nous avons une chance de nous faire entendre et d’obtenir gain de cause ! Suite aux violentes altercations entre les commissaires prussiens et le Conseil d’Etat, Frédéric Le Grand a demandé l’arbitrage de Berne lors d’un procès. L’avocat général Claude Gaudot est chargé de défendre les intérêts du roi. Mais il possède le titre de Bourgeois de Neuchâtel, et est prêt à défendre les prérogatives populaires !
Projeté sur la façade de l’Auberg’Inn : l’avocat général Gaudot en discussion avec le roi de Prusse Frédéric II.
Frédéric II : Alors, mon cher Gaudot… ce procès ? J’ai appris que vous aviez été particulièrement acrimonieux ! Ainsi, Berne a donné tort à la ville de Neuchâtel.
Gaudot : Oui, Votre Altesse. Grâce à mon intransigeance, vos coffres continueront de se remplir comme ces 20 dernières années, quelles que soient les récoltent. Un revenu fixe par tous les temps !
Frédéric II : Je me demande si Voltaire…
Gaudot : Voltaire ?
Frédéric II : Mon très cher Gaudot… Vous ne connaissez pas Voltaire ! Vous devriez ! Je vous confie la charge de Lieutenant-Gouverneur de la principauté de Neuchâtel.
Gaudot : …
Frédéric II : Acceptez !
Gaudot : Je suis éternellement votre obligé. Mais la colère des bourgeois n’est pas à prendre à la légère.
Frédéric II : Demandez l’intervention militaire de Berne ! 9'000 hommes, déployés sur la frontière orientale de la principauté, devraient suffire !
Gaudot : Je m’en remets pleinement aux conseils de Votre Altesse.
La Foule : Trahison ! Trahison ! Accueillions le traître comme il se doit. Armez-vous de pierres, de cailloux, de galets, de pavés !
Le Meurtrier : Et le Banneret ? Nous allons nous faire emprisonner ! En tant que chef militaire de la bourgeoisie, il n’aura pas le choix ! Il doit faire régner l’ordre dans la ville !
La Foule : C’est vrai ! Mais je crois que dans cette affaire, Osterwald ne bougera pas. Pas même le petit doigt !
Le Meurtrier : Et si malgré tout il le bougeait ?
La Foule : Faites-moi confiance, (désignant la statue) il ne le bougera pas ! En attendant Gaudot, à vos armes, à vos injures ! Et attendez mon signal pour attaquer !
Distribution des faux cailloux.
Arrivée de Gaudot en grandes pompes, en calèche tirée par un cheval !
Tout le monde le hue et l’injurie.
La Foule : Ah bas Gaudot ! Ouhhhhhh ! Ah bas Gaudot ! Ah bas le traître ! etc.
Gaudot se précipite chez lui « Faites place, laissez passer, … », par la terrasse de l’Aubier.
Gaudot (faisant face à la foule, sur la terrasse) : Dispersez-vous !
Gaudot rentre chez lui.
Le Meurtrier (sur la terrasse) : Il s’est réfugié chez lui ! Défonçons sa porte !
La Foule : A l’assaut ! Coupez-lui toutes retraites !
Le meurtrier entre chez Gaudot en forçant la porte !
La Foule : Jetez vos pierres, lancez vos cailloux, détruisez cette maison à coups de pavés ! Lâchez vos injures ! Il finira bien par se rendre ! On aura sa peau !
Le public lance ses cailloux et ses pierres.
Des vitres et des morceaux de mur volent en éclats !
Gaudot apparaît à une fenêtre (2) du premier étage. Il s’adresse au banneret Osterwald (la statue):
Gaudot : Osterwald ! Osterwald ! A mon secours ! Ils sont déchaînés ! Ordonnez le retour au calme. Faites-moi évacuer vers le château ! Protégez-moi ! C’est votre devoir ! Protégez-moi !
Le Meurtrier apparaît à la fenêtre d’à côté (1) et s’adresse à La Foule.
Le Meurtrier : Il n’est pas dans cette pièce !
La Foule : Il est là ! désignant la fenêtre d’à côté (2) du doigt.
Les regards du Meurtrier et de Gaudot se croisent.
Gaudot : Pitié !
Le Meurtrier : Traître !
Ils disparaissent des fenêtres simultanément.
Le Meurtrier apparaît à la fenêtre où était Gaudot (2) et Gaudot à la fenêtre d’à côté (3).
Le Meurtrier : Il s’est volatilisé ! La chambre est vide !
La Foule : Il est là ! (désignant la fenêtre d’à côté (3) du doigt.)
Les regards du Meurtrier et de Gaudot se croisent.
Gaudot : Pitié !
Le Meurtrier : Traître !
Ils disparaissent des fenêtres simultanément.
Le Meurtrier apparaît à la fenêtre où était Gaudot (3)
Le Meurtrier : Il n’y est plus !
La Foule : Il y a encore des chambres au-dessus.
Le Meurtrier disparaît du premier étage.
Pendant que les acteurs montent au deuxième étage, projection sur la façade de charognes, chats et coq crevés.
Le Meurtrier et Gaudot apparaissent en même temps aux fenêtres du deuxième étage : Gaudot au centre (5) et Le Meurtrier à droite (4). Les regards du Meurtrier et de Gaudot se croisent.
Gaudot : Pitié !
Le Meurtrier : Traître !
Gaudot : Epargnez ma femme !
Le Meurtrier : Tu es fait comme un rat !
Ils disparaissent des fenêtres simultanément. On entend un coup de feu ! Le Meurtrier apparaît à la fenêtre où était Gaudot (5). Il exhibe la perruque et le manteau de Gaudot à La Foule en liesse.
Du sang coule sur la façade sous la fenêtre, jusqu’à la fin de la représentation.
La Foule : Vive le Roy, le traître est bas !
Le public applaudit. On entend des « bravo, justice, Gaudot est mort, … »
La Foule : Buvons et ripaillons ! Frédéric Le Grand a rétabli l’ancien régime fiscal. Nous sommes à l’abri de l’infortune. A vous tous ici présents, témoins du meurtre de Claude Gaudot en ce jour de gloire du 24 avril 1768, je vous le dis : cet événement restera longtemps gravé dans les mémoires. De générations en générations, il sera chanté et joué par les bateleurs de la ville, qui aujourd’hui, peut être vraiment fière de ses citoyens ! Afin d’honorer cette victoire, de prier pour l’assassin, de consoler la veuve, et de remercier les saltimbanques… Soyez généreux, remplissez nos chapeaux !
Plan des apparitions aux fenêtres de l'hôtel de l'Aubier